Quand Léonard sollicite les services d’un écrivain public pour écrire sa lettre de motivation

Toute sa vie, Léonard de Vinci a rédi­gé des car­nets de notes et de cro­quis, d’une écri­ture « en miroir » de droite à gauche, plus pra­tique pour le gau­cher qu’il est, et pour en pro­té­ger le conte­nu. Ce jour­nal per­son­nel lui est cher, il y rem­plit en moyenne trois pages par jour. Ces quelques six mille pré­cieux feuillets – dits Codex – sont aujourd’hui dis­per­sés dans divers musées et biblio­thèques européens.

Parmi les mille cent dix neuf pages du Codex atlan­ti­cus, conser­vées dans les coffres de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, l’une se détache du lot, parce qu’elle n’est pas rédi­gée de sa main ; il s’agit d’une lettre des­ti­née à Ludovic Sforza, duc de Milan. En 1482, Léonard de Vinci vient de quit­ter Florence pour Milan. Désormais, il veut vivre et tra­vailler en ingé­nieur. Il écrit à Ludovic Sforza pour pro­po­ser ses ser­vices ; il fait valoir ses com­pé­tences en ingé­nie­rie mili­taire, vante sa capa­ci­té à construire des armes redou­tables et des for­te­resses impre­nables. Une lettre de moti­va­tion, en somme.

Dans le film docu­men­taire de Julian Jones, Léonard de Vinci – Dans la tête d’un génie, dif­fu­sé les 16 et 20 novembre 2013 sur Arte, Francesco Braschi, conser­va­teur en chef de la Bibliothèque ambro­sienne explique ain­si la rai­son pour laquelle la lettre n’est pas de sa main : « Léonard a pro­ba­ble­ment fait appel à un écri­vain public, parce qu’il le jugeait plus qua­li­fié pour mieux tour­ner les phrases. »

Pouvions-​nous rêver meilleure légi­ti­ma­tion pour notre métier d’écrivain public que celle de Léonard de Vinci lui-même ?

Voilà une belle claque au cli­ché misé­ra­bi­liste de l’écrivain public, intel­lec­tuel médiocre qui n’écrirait que pour les illet­trés. À chaque pro­fes­sion­nel ses com­pé­tences propres, que même les génies savent admettre.


▲ Lettre de Léonard de Vinci à Ludovic Sforza, dit le More, duc de Milan, 1482 
Codice Atlantico, f. 1082 (ex 391r-​a), Bibliothèque Ambrosienne, Milan
Lire le texte de la lettre en français.

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