L’écrivain public, un travailleur social ?

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En prêtant sa plume à autrui, l’écrivain public répond à des demandes très variées, souvent complexes. Par nécessité, le métier s’est aujourd’hui professionnalisé. Avec l’assistant social, l’éducateur, le juriste ou le psychologue, l’écrivain public fait partie des professionnels incontournables de la relation d’aide à la personne.

Vous avez dit « vieux métier » ? À l’heure de la déma­té­ra­li­sa­tion, l’écrivain public n’a jamais été autant sol­li­ci­té. Il y a presque autant de défi­ni­tions de ce métier que d’acteurs. Il n’est pas tou­jours facile de sai­sir son pro­fil, étant don­né le carac­tère poly­morphe de ses inter­ven­tions (lire l’encadré en page 35). S’il peut être conseiller en écri­ture au sens large, il se posi­tionne sou­vent dans une rela­tion d’aide et a toute sa place dans les struc­tures sociales : Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), centre social, mai­son de quar­tier, mai­son de la jus­tice et du droit…

L’écrivain public est la « plume » de l’usager. Il répond à dif­fé­rentes pro­blé­ma­tiques liées à l’illettrisme, l’analphabétisme, l’illectronisme, la non fran­co­pho­nie, l’inflation et la com­plexi­té admi­nis­tra­tives, le besoin de média­tion. L’écrivain public sert à renouer le dia­logue entre les usa­gers et les ins­ti­tu­tions. « Plus les per­sonnes ren­contrent des dif­fi­cul­tés socio‐​économiques, plus leur situa­tion est tra­ver­sée de contra­dic­tions admi­nis­tra­tives dont l’écrivain public est l’un des prin­ci­paux témoins » (source : L’écrivain public dans l’action sociale par Bergamote Fernandez).

Très concrè­te­ment, il accom­pagne l’usager, d’un point de vue admi­nis­tra­tif et rédac­tion­nel, dans des pro­blé­ma­tiques de la vie quo­ti­dienne : dif­fi­cul­té finan­cière, de loge­ment, de san­té, recherche d’emploi, litige avec un voi­sin…

L’écrivain public tra­vaille en équipe ou en réseau, il s’entoure d’assistants sociaux, de juristes, d’éducateurs etc.

Complémentaire du travailleur social

L’écrivain public est au com­men­ce­ment de la rela­tion d’aide. Dans un contexte de plus en plus déma­té­ria­li­sé, il devient l’un des uniques repères phy­siques pour for­mu­ler une demande. Neutre, sa fonc­tion d’aide à la rédac­tion ins­pire confiance. Il exerce sou­vent son métier en étroite rela­tion avec un tra­vailleur social et oriente l’usager vers le pro­fes­sion­nel le plus adap­té : assis­tant social, juriste, psy­cho­logue… Parfois, il est un relais quand la confiance avec un tra­vailleur social s’étiole, dans le cas de rela­tions qui s’usent dans le temps ou que l’usager ne voit pas d’évolution dans sa situa­tion, mal­gré toute la qua­li­té du sui­vi par un tra­vailleur social. « C’est à la fois sa res­sem­blance (de par les situa­tions ren­con­trées et la manière de les appré­hen­der sur la base d’un tra­vail de rela­tion) et sa dif­fé­rence (une aide facul­ta­tive, qui n’a pas l’apparence d’un sui­vi impo­sé et d’un entre­tien for­mel) avec l’accueil du pro­fes­sion­nel social, qui lui fait s’attirer les faveurs des usa­gers et qui fait de lui un inter­mé­diaire pri­vi­lé­gié entre usa­ger et pro­fes­sion­nel social » (source : L’écrivain public dans l’action sociale par Bergamote Fernandez).

Les qualités de l’Écrivain public

Pour répondre aux besoins de l’usager, l’écrivain public déve­loppe ses qua­li­tés d’écoute et ses capa­ci­tés à tra­duire la parole d’autrui. Il sait :

- écrire : avant tout, il sait manier la langue fran­çaise ; outre une connais­sance irré­pro­chable de l’orthographe, la gram­maire, la syn­taxe et la typo­gra­phie, il aime écrire ;

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- écou­ter : il laisse la per­sonne s’exprimer, voire sus­cite la parole ; devant des situa­tions pas tou­jours claires, le pro­fes­sion­nel sait écou­ter, poser des ques­tions, aider à la for­mu­la­tion ;

- déco­der l’environnement social et juri­dique : l’une des qua­li­tés de l’écrivain public pro­fes­sion­nel, qui garan­tit son effi­ca­ci­té, est « sa connais­sance des textes, des envi­ron­ne­ments juri­diques et sociaux, des par­te­naires, mais aus­si et sur­tout sa conscience exacte des limites de son inter­ven­tion ; il ne doit en aucune manière inter­fé­rer avec les autres pro­fes­sion­nels, mais redi­ri­ger au besoin l’usager/client vers des pro­fes­sion­nels dont c’est le métier » ;

- ins­pi­rer confiance : s’il était besoin de le pré­ci­ser, l’écrivain public fait preuve d’empathie (suf­fi­sam­ment, mais pas trop… il y a un équi­libre à trou­ver) et ins­pi­rer confiance ; il s’adapte à la per­son­na­li­té de son inter­lo­cu­teur.

Le métier se professionnalise

Bien que la pro­fes­sion ne soit pas régle­men­tée, l’écrivain public s’aligne sur la déon­to­lo­gie du ser­vice social. Il s’engage à res­pec­ter la plus stricte confi­den­tia­li­té des infor­ma­tions aux­quelles il pour­rait avoir accès ou qu’il est ame­né à connaître.

Ceux qui exercent la fonc­tion d’écrivain public sont des retrai­tés béné­voles ou des per­sonnes qui, ayant une pre­mière expé­rience pro­fes­sion­nelle, se recon­ver­tissent. Ils ont sou­vent une expé­rience de la vie qui les pousse à une écoute com­pré­hen­sive et éclai­rée, pour faire face à toutes les demandes et à toutes les situa­tions.

Cette écoute et cette adap­ta­bi­li­té ne sont pas suf­fi­santes. Les lois évo­luent, les déci­sions admi­nis­tra­tives éga­le­ment. Devant la diver­si­té et la com­plexi­té des demandes, on demande à l’écrivain public de plus en plus de com­pé­tences. Si le réseau est essen­tiel pour se tenir infor­mé et s’adapter – notam­ment l’entourage des tra­vailleurs sociaux –, une solide for­ma­tion est désor­mais vive­ment conseillée. Parmi les diplômes pro­po­sés, on compte la licence pro­fes­sion­nelle « Conseil en écri­ture pro­fes­sion­nelle et pri­vée – Écrivain public » déli­vrée par la Sorbonne Nouvelle (Paris 3) ou le diplôme uni­ver­si­taire « Écrivain public et auteur conseil » (Toulon).

Si sa fonc­tion existe depuis long­temps, l’écrivain public pro­fes­sion­nel creuse peu à peu son sillon dans l’échiquier social. Un par­te­naire neutre, utile, de plus en plus com­pé­tent, dont le rôle n’a jamais été aus­si per­ti­nent.

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