Her, une vision de l’écrivain public du futur

Théodore Twombly (Joaquin Phoenix), le visage dissimulé par de grosses lunettes rondes et une moustache, travaille comme écrivain public salarié sur la plate‐​forme d’un site Internet, une sorte d’écrivain public version 2.0. Une vision de l’écrivain public du futur ?

Her Affiche

L’histoire se passe à Los Angeles dans le futur (très proche). Les outils numé­riques ont atteint un som­met de déve­lop­pe­ment, tout marche par com­mande vocale, si bien que les per­sonnes ont per­du l’habitude d’écrire. Le tra­vail de Théodore consiste à rédi­ger des lettres pri­vées pour des per­sonnes trop pres­sées, ou inca­pables d’exprimer leurs sen­ti­ments, comme Cyrano prê­tait sa voix et sa plume à Christian pour gagner et entre­te­nir l’amour de Roxane.

Dans ce contexte, il semble bien que le métier d’écrivain public recrute. Théodore tra­vaille dans un grand bureau en open space, avec de nom­breux autres écri­vains publics – que la camé­ra sur­vole plu­tôt qu’elle ne les montre, en direct devant leur écran, on entend dans un brou­ha­ha des bribes de leur acti­vi­té. Au fur et à mesure que l’écrivain public dicte la lettre, elle s’affiche sur l’écran comme une lettre manus­crite.

Théodore est en train de rompre avec sa femme Catherine (Rooney Mara). Sans doute peu doué pour l’amour, il se montre néan­moins un excellent pro­fes­sion­nel de l’écrit, capable de tra­duire en mots sen­sibles le mes­sage de ses clients. À leur écoute, il demande par exemple des pho­to­gra­phies et y puise des détails a prio­ri insi­gni­fiants, pour ajou­ter du réel à sa lettre… Ainsi, on voit dans le film une femme écrire à son mari pour leur cin­quan­tième anni­ver­saire de mariage, des parents féli­ci­ter leur enfant pour ses diplômes, un petit‐​fils sou­hai­ter la bien­ve­nue à sa grand‐​mère qui revient d’une croi­sière… C’est aus­si lui qui au final poste la lettre.

Her

L’histoire com­mence vrai­ment quand Théodore s’équipe du der­nier « sys­tème d’exploitation » inédit, OS 1, capable d’adaptation et d’apprentissage. C’est « Her » – Elle, dont la voix humaine, intel­li­gente, est pro­gram­mée (après quelques questions‐​réponses) pour s’adapter à son uti­li­sa­teur et lui plaire. Elle choi­sit elle‐​même son pré­nom, Samantha (Scarlett Johansson). Peu à peu Théodore ne peut plus se pas­ser de cette voix sen­suelle et envoû­tante, si humaine, il tombe amou­reux. 

Est‐​il bien réa­liste de tom­ber amou­reux de son ordi­na­teur ?

Autour de Théodore, les rap­ports entre les gens, bien que cour­tois, semblent déshu­ma­ni­sés – est‐​ce seule­ment parce qu’il est un soli­taire ? Il est lui‐​même acteur d’un monde où il n’y a plus que des inter­mé­diaires. Il écrit des lettres « per­son­na­li­sées » pour les autres, sans les connaître. Elle n’a pas de corps, mais un esprit, capable d’apprentissage et d’adaptation. C’est la per­sonne (enfin le pro­gramme) fait pour vous, qui vous écoute, avec qui vous allez tout par­ta­ger, rire et aimer. Pas éton­nant qu’on puisse tom­ber amou­reux. Sauf que Elle n’existe pas.

Il est impos­sible de ne pas se dire, devant le réa­lisme appa­rent du film, qu’une telle his­toire pour­rait arri­ver. Les inter­ac­tions entre les hommes ne se font plus qu’à tra­vers une intel­li­gence arti­fi­cielle qui les connecte – on se dit que c’est déjà le cas, quand on voit par exemple la place que nos smart­phones ont pris dans notre vie en socié­té. Et même si dans ce monde la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’écrivain public à laquelle nous aspi­rons tant aujourd’hui semble enfin éta­blie, ce n’est pour­tant pas tout à fait ain­si que nous nous repré­sen­tons le futur de notre métier !

Her
film de Spike Jonze, 2014 [2h26mn]
avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara…

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